Congrès de Paris
Intervention de Maxime Picard
Tribune du Congrès du M.J.S,
Dimanche 11 décembre 2005 - Paris
Chers camarades, et pour beaucoup chers amis,
Au préalable, je veux dire que vu le nombre de cadres NG qui font leurs adieux ce soir, ça va être un boulevard pour les minorités. Ensuite, je veux dire que, contrairement à ce que vous pensez, je suis un gentil. J’ai pu vous incendier, vous maudire, vous menacer, vous intimider, vous snober, vous dénigrer, mais je n’arrive pas à me défaire de l’idée que vous avez toutes, surtout toutes, mais aussi tous bon fond. Quand vous faites une connerie, c’est donc de ma faute, puisque je n’aurai pas réussi à vous convaincre que vous êtes sur la mauvaise voie.
Voici donc venu pour moi un moment redoutable.
Redoutable parce qu’il marque la fin d’une époque. Dix années passées à servir cette organisation, dix années à militer, à animer, à former, à débattre, dix années plongées au cœur d’une organisation qui est je l’assume ma maison. Il n’y aura que quelques militants débiles ou ignorants qui viendront me contester mon attachement au MJS, et par-delà au socialisme.
Redoutable ensuite pour le moment présent. Je le sais, je suis émotif, sanguin, susceptible. L’émotion, j’espère la dominer quelques minutes encore. Le sang, parce que quand on me cherche, on me trouve, et je deviens alors politiquement brutal. La susceptibilité, parce que c’est plus fort que moi, je ne m’habituerai jamais à certaines pratiques au mieux sectaires au pire perverses, qui ont ça et là cours dans ce qui est désormais votre organisation. Que l’idiot militant de l’UNEF, qui m’a dit que je n’avais rien à faire dans la salle qui accueillait le dernier congrès du Parti soit remercié. Non seulement, il m’a donné la colère nécessaire pour redoubler d’efforts pour poursuivre mon action, mais encore a-t-il gagné le droit de payer plus tard son propos. Avec moi, tout a un prix et l’addition arrive toujours à destination. C’est mon petit côté piémontais. il est d’ailleurs dans la salle aujourd’hui, mais on m’a dit qu’il n’était pas du matin, or l’échange en question était un matin, donc je lui pardonnerai peut-être.
Redoutable enfin parce que ce jour marque mon départ définitif dans le parti aîné. Cette nouvelle aventure ne sera pas aussi intense, c’est vrai. Mais mon chemin est tracé, j’y reviendrai.
Des discours d’adieux, j’en ai écrit des tas depuis six mois. Sur mon parcours, sur les personnes formidables que j’ai côtoyées, sur ces prétendus militants qui ont tenté de me traiter de voleurs, avec ma Bonnie Parker préférée, sur les congrès précédents …
Finalement, j’ai décidé de partager avec vous mon expérience d’un militant qui va continuer autrement son chemin.
Pour moi, 2005 aura été l’année de tous les changement sauf un.
En septembre 1995, je me rends à Melle, Deux-Sèvres, à ma première vraie réunion politique. Dans la salle, l’animateur du débat, c’est François Hollande. Il n’est pas encore premier secrétaire. Depuis lors, je n’ai cessé de combattre à ses côtés. Pas par affection, car je ne le connais pour ainsi dire pas. Pas par intérêt, il ne m’a jamais refilé un poste pour service rendu, ce n’est pas son genre. Mais il est clair que je partage avec lui une vision forte de ce qu’est le socialisme, et de comment doit fonctionner un parti politique.
Pour le fond idéologique, je vous renvoie à la motion C qui fixe la ligne politique.
Mais pour le reste, je veux vous dire quelques mots. Quand on veut s’impliquer dans une organisation, on se tourne vers un groupe politique, c’est logique. Mais je vous le dis à tous, si aujourd’hui je suis hollandais, c’est d’abord et avant tout parce que je déteste ces tribus politiques, où la discipline est martiale, où l’identité prend le dessus sur celle du MJS ou du PS et où le sectarisme règne. Oui, vous qui êtes à NG, proches de Laurent, de Henri, de Dominique, de Julien, ou d’un autre, vous faites un choix confortable, à l’abri des tempêtes, parce que vous avez des amis fidèles. Mais aussitôt, par votre esprit de groupe, vous rejetez un nombre bien plus important de militants, et vous vous éloignez des citoyens. Cette faute, elle sera fatale, parce que le rassemblement de tous est et doit être le fondement d’une démarche politique. C’est cela la logique qui m’anime en toute circonstance.
C’est pourquoi je suis fier de sortir du MJS convaincu d’avoir construit des relations humaines de qualité avec nombre d’entre vous, tous horizons confondus. Dans vingt ans, dans un couloir de congrès, quand nous nous recroiserons, cela aura alors un sens de s’être ainsi construit une histoire commune. Je salue donc dans une confusion assumée Gwenegan, Arnaud, Estelle, Yann, Pierre, Guillaume, Sandrine, Bérengère, Arnaud, Charlotte, Guillaume, Nicolas, Sarah, Baptiste, Pierre, Emilie, Florent, Ronan, Wilfried, Benjamin, Chloë, Franck, Morgane, Pierre-Alain, Maxime, Cédric et d’autres.
Parmi les changements importants dans ma vie militante, il y a mon départ des Deux-Sèvres pour le Morbihan. Rassure toi, Sylvain, on s’occupe d’Emmanuelle Bénard, elle va bien, on a même fait synthèse avec ses 15%. Elle te racontera comment nous, nous savons respecter les minorités. J’y ai rejoint des camarades qui me sont chers. Il y a d’abord Gwendal Rouillard, premier fed au PS qui m’a aussitôt intégré au dispositif fédéral, et je l’en remercie chaleureusement. Il y a surtout Gwennan Melscoët. Ensemble, nous avons établi une relation politique fondée sur la confiance. Oui, vous avez bien entendu, la confiance. Je vous le dis, c’est rare, c’est précieux, c’est difficile, c’est exigeant, c’est passionnant, mais surtout c’est nécessaire. J’ajoute qu’elle a bien du mérite. Reconstruire une fédération en lambeaux en six mois est une performance. Le faire en acceptant le jeu démocratique, je vous le dis, est un choix payant, et pour l’organisation, et pour celui ou celle qui fait ce pari. Alors qu’attendez-vous ? Nous aurons besoin de militants de cet acabit pour affronter les échéances cruciales de 2007.
Car pour durer en politique, il faut non seulement être animé d’idéaux solides, pour certains, il faut avoir une ambition, que ce soit sur le fond, ou pour compter. Mais par dessus cela, il faut prendre du plaisir à faire quotidiennement de la politique. Je ne peux concevoir le combat politique sans partager des moments forts avec mes camarades. Le voyage n’est réussi que si on s’amuse en chemin, et pas si le terminus est sympa.
C’est pourquoi j’en veux encore plus que les autres à celles et ceux qui tentent de me gâcher ces bonheurs là. A mon arrivée dans le Morbihan, certains ont cru possible de nous intimider, Gwennan et moi, par la calomnie. Pour eux, j’ai honte. Mais je veux leur dire que mes valises sont posées, et que l’équipe de choc que nous formons dans ce département est plus que jamais prête à passer à l’action, y compris en vue de 2007.
Donc à bon entendeur, je conclus en vous disant que le Morbihan, et la Bretagne, c’est chez nous.
Maxime Picard
maxime.picard@redonnonslespoir.org

